En voiture avec Tintin, l'expo à voir ce printemps
Une exposition consacrée aux voitures apparaissant dans les aventures de Tintin ouvre ses portes au Musée national de l'automobile, en Alsace. Caradisiac l'a visitée en avant-première.

Cap à l’est, et plus précisément vers le Musée national de l’automobile - Collection Schlumpf, sis à quelques minutes de la gare TGV de Mulhouse, où une exposition consacrée à Tintin ouvre ses portes le samedi 5 avril. Aussi étrange que cela paraisse, c’est la première fois que le célèbre reporter fait l’objet d’une rétrospective de ce type en France et celle-ci permet de resituer à quel point les véhicules terrestres à moteur sont importants dans l’œuvre d’Hergé, et en constituent même de véritables personnages tant ils appartiennent à l’action en elle-même.
Cette exposition comprend une douzaine de voitures similaires à des modèles aperçus au fil des 24 albums de Tintin, de la Ford T à la Citroën Traction en passant par des Simca Aronde, Triumph Herald convertible, Peugeot 403 et autres Panhard Dyna Z. Soit une petite partie du "parc automobile" croisé au fil des aventures du héros belge, comme le précise à Caradisiac Dominique Maricq, auteur et archiviste de la Fondation Hergé, présent le jour de la visite presse : "comme toujours les chiffres divergent un peu mais 79 c’est le bon nombre. Il y a des véhicules qui apparaissent dans le brouillard, d’autres qu’on ne peut pas forcément identifier mais ceux dont on est certain de la marque et du modèle c’est 79."



La mise en scène, soignée quoique minimaliste, s’attache à reproduire les fonds des vignettes de façon à proposer une forme d’immersion dans les bulles des albums. C’est plutôt réussi, même si là ne réside pas le véritable point fort de l’exposition. On passe en effet plus de temps à détailler les planches originales, qu’accompagnent des commentaires permettant de mieux saisir le travail fourni par Hergé, lui-même grand amateur d’automobile, et par les illustrateurs qui l’accompagnaient au quotidien dans les Studios Hergé. Différents croquis, planches de mise à l’encre et autres esquisses permettent de mieux comprendre la façon dont une bande dessinée s’élabore et c’est passionnant, même pour un non-spécialiste.
"Hergé s’est entouré de personnes très méticuleuses. Dès les années 50 il engage Bob de Moor qui va faire la fusée lunaire et la Jeep, et par la suite il y aura notamment le dessinateur français Jacques Martin (qui créera ensuite Alix, NDLR) qui est très fort dans la présentation des voitures. Il en va aussi de ses assistants, comme Michel Demarets (dont Caradisiac vous avait parlé il y a quelques mois) ou Roger Leloup, des gens qui ont un souci absolu de la précision. Pour autant, l’ultra-réalisme peut aussi nuire à l’esthétisme d’un dessin. Je pense à un album comme L’île noire, redessiné dans les années 60 par Bob de Moor : même si les voitures sont beaucoup plus précises, il y a tellement de détails dans chaque vignette que trop de détail tue le détail d’une certaine manière. Les amateurs de détails s’y retrouvent mais les amateurs du trait d’Hergé un peu moins. C’est un peu paradoxal", commente Dominique Maricq. "Il faut être précis mais aussi se ménager le droit d’avoir un peu de fantaisie et de liberté. Certains lecteurs pouvaient reprocher à Hergé de ne pas dessiner parfaitement telle calandre ou tel phare, mais globalement les voitures sont très reconnaissables."

Reste une question d’importance : Tintin est-il un danger public ? Dominique Maricq. "Il ne faut pas oublier que Tintin est un gamin. Il a entre 15 et 18 ans, si on peut lui donner un âge, on ne sait pas s’il a un permis, mais grâce aux libertés de la bande dessinée il parle toutes les langues mais quand bien même il est un bon pilote il ne conduit jamais dans des circonstances normales. Ce n’est pas pour aller au supermarché mais parce qu’il est poursuivi, traqué, qu’il tombe dans un guet-apens donc forcément il a beaucoup d’accidents, il est souvent blessé, il a des contusions, des commotions cérébrales. Ce n’est pas Superman, il s’en sort toujours mais parfois il passe de sales quarts d’heure effectivement."

Bref, si ce n’est pas l’expo du siècle, cette partie consacrée à Tintin agrémentera assurément votre visite à l'incroyable Musée national de l’automobile, qui dispose d’un fonds de 600 voitures dont 400 sont exposées au public. Parmi celles-ci figure une Bugatti Veyron que le musée a eu la bonne idée de faire démarrer comme ça, sans prévenir, au moment où votre serviteur passait à sa proximité immédiate. Une fois remis de ma crise cardiaque, j’ai apprécié à sa juste valeur ce que j’ai pris la liberté d’interpréter comme clin d’œil adressé à ma personne par l’infâme Bobby Smiles, chef de la mafia de Chicago, qui dans Tintin en Amérique prend la tangente au volant d’une voiture directement inspirée de la Bugatti Type 35.

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