Suzuki X-90, la voiture « inavouable » de Lionel Bret
Dans cette série estivale, les membres de la rédaction évoquent tour à tour une voiture qu'ils aiment tout en en ayant un peu honte. Aujourd'hui, Lionel Bret en pince pour une incongruité automobile : la Suzuki X-90.

Fruit d’un audacieux concept et d’un égarement industriel, Suzuki a créé une voiture que personne n'attendait mais que je regarde encore avec un mélange d’affection et de consternation.
La Suzuki X90 ressemble à une chaussure de ski, roule à peine plus fort qu’une tondeuse à gazon et fut un four commercial. Trois bonnes raisons de ne pas me laisser indifférent.

Grandes ambitions
Lors de sa présentation au salon de Tokyo 1993, la X-90 force l’admiration. Les travées bruissent d’éloges à la vue du nouveau-né. Jamais voiture n’avait ressemblé à cela. Un galbe bulbeux à la croisée du 4X4, du roadster et du cabriolet (toit targa). À sa vue je m’imagine rouler sur Pacific Coast, Good vibrations ou California girls à fond (même si le lecteur CD est en option). Bref, me la jouer nomade rider.
D’autant que techniquement le petit joufflu joue l’éphèbe basé sur le modèle Vitara. Moteur 1.6 l de 95 chevaux, doté d'une boite manuelle (5 rapports) ou automatique (4 rapports), propulsion ou 4 roues motrices avec une boite de transfert à deux rapports (court & long) pour jouer les baroudeurs entre dunes et chemins forestiers. Côté équipement la voiture bénéficie de vitres électriques, d’un régulateur de vitesse, d’une direction assistée. Du top pour l'époque.

Grosse incompréhension
En pratique, la voiture peut passer partout, mais pour aller où ? Pas assez pratique pour un SUV, pas assez fun pour un cabriolet, pas assez performant pour un tout-terrain, trop bruyant pour avaler les kilomètres... Avec seulement deux places et un coffre riquiqui de 237 litres, la X-90 manque un tantinet d’espace vitale.
Sa ligne audacieuse s’est vite vue affublée de tendres et facétieux surnoms. « Le coupé Playmobil » ou « le 4x4 de Barbie » reviennent en boucle. Pour Caradisiac la « Suzuki X90 (est) inutile, désagréable, mais tellement fiable. » Jeremy Clarkson, l’iconique présentateur de Top Gear, ira jusqu’à la qualifier de « voiture à l’allure la plus stupide jamais vue ». C’est dire l’empathie qu’elle suscite.
Red Bull ne lui donne pas des ailes
Symbole de son décalage complet : Red Bull l’a choisie pour ses premières campagnes marketing, y fixant une canette géante sur le toit. Une reconnaissance dans le monde du marketing déjanté qui ne permet pas aux ventes du X-90 de s'envoler. La X-90 s’écoule péniblement : près de 9 000 exemplaires en 1996 et à peine 2 000 unités l’année suivante.
Je l’aime quand même
Comme souvent, les voitures les plus décriées finissent par devenir les plus attachantes. J’adore les incongruités automobiles. Parce que ces modèles osent casser les codes, déranger les esprits et laisser finalement une trace dans mon panthéon des voitures qu’on aime (sans l’avouer) détester (pour mieux se dédouaner).
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